Souriez vous êtes libraire
Je me souviens, il y a presque dix ans, d’avoir entendu pour la première fois cette phrase : « N’oubliez pas la règle du BAM ! ». C’était ma première expérience professionnelle en librairie. « BAM ! »… « Bonjour », « Au revoir », « Merci ! ». BAM ! Et un client ravi. BAM ! Un autre. BAM ! Tout le monde est content. BAM ! Trop facile…
Je me souviens de cette autre expérience, en tant que libraire cette fois. C’est-à-dire que je n’étais plus « en caisse », mais « en rayon », confrontée aux attentes en tout genre de la clientèle en tout genre. La règle du BAM s’est alors trouvée face à ses limites et les miennes avec. On a beau avoir « un réel goût pour le contact avec la clientèle », il y a des moments, où tout bon libraire se doit d’apprendre à dire avec ses yeux : « Etes-vous bien sûr, honorable client, de vouloir vous mettre dans cet état pour un retard de livraison ? » et pas seulement BAM, même si BIM et BOOM s’en viennent à vôtre rescousse. Il y a des jours aussi, où BAM ne pourra pas expliciter « lequel est le mieux, entre ce cahier de vacances et ce cahier de vacances. » Enfin, c’était prévisible, et BAM demeure néanmoins une très bonne règle de base, j’en conviens.
Sauf que, BAM avec trois pans de longs à chaque coin des lèvres, ça ne marche pas. En tout cas pas avec Rusalka version cliente. J’admets pour avoir eu envie de commettre des illégalités sur autrui par le passé que certaines situations peuvent racornir le sourire temporairement, mais que l’on efface au moins l’ardoise de tout nouveau client passant le fronton de la boutique à qui l’on doit le bénéfice du doute suivant : « Il/elle/Rusalka n’est pas forcément de nature irritante, il se peut même qu’il/elle/Rusalka s’en vienne en paix ».
Et puis disons-le, il existe des clients extras. Et puis disons-le aussi, il existe des clients plus qu’extras, et là ça devient moins extra… Quand après avoir eu affaire à un client pas très sympathique, voire méprisant, voire insultant (ça arrive), un autre client se fait tout gentil, tout en empathie lyrique et en parfaite harmonie avec vous, il est fort possible que celui-ci ne vous lâche pas le code barre jusqu’à ce que vous lui confirmiez ceci : « Heureusement qu’on a aussi des clients comme vous, sinon BIM BAM BOOM…».
A-t-on fait le tour de la règle du BAM, sûrement pas ! En attendant, rajoutons-y un “S” pour “Sourire”. Mais pas n’importe quel sourire… Le sourire de Narcisse! Entier, infini, fatal… Le sourire à la soudaine apparition de l’Autre, du Moi-Autre ! Du client…
Souriez donc, vous êtes libraire.
BAMS !
Turangalîlâ