Naître ou ne pas être

2008 février 5
by Turangalîla
Il est heureux que les grands auteurs naissent et meurent comme tout un chacun. S’il n’en était ainsi, nous serions obligés de parler d’eux quand leurs œuvres résonneraient avec pertinence au temps présent, et pas si, et seulement si, leur date de naissance ou de décès ferait un bon calcul avec siècle, demi-siècle, décennie et autres chiffres aussi ronds que dix is. S’il n’en était ainsi, il nous faudrait chercher à comprendre en quoi leurs pensées, en quoi leurs écrits, leurs recherches, leurs travaux, leurs découvertes, enrichiraient nos propres pensées, analyses et perceptions du monde et de nos semblables, au risque de l’épanouissement personnel et collectif (l’idéalisme aidant). Cela demanderait un travail. Une rigueur. Une volonté. Un éclair de lucidité. Mais pas que. Il me plait de croire – peut-être naïvement – qu’une étincelle suffit.
Aussi, j’en conviens, il est confortable de vandaliser au grès des décès et des naissances les rayons Gracq (par exemple) des bibliothèques et des librairies, après, et seulement après, le 23 décembre 2007. Avant, et seulement avant, il faudrait réanimer le plaisir de ramasser les pépites d’or qu’il aurait laissé sur son chemin. Se baisser donc, aller vers le bas, pour recueillir ce qui est au fond et non attendre bouche ouverte d’absorber au grès du vent ce qui flotte séculairement à la surface.
La stagnation va pour un temps. Le nôtre (de Temps) est-il vraiment le meilleur candidat à cela? Peut-on aujourd’hui, plus qu’hier, se payer le luxe de laisser notre eau croupir. Et de la boire. Et de s’en délecter. Ou du moins d’y croire, alors que le mensonge vient de nous-mêmes.

Turangalîlâ

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